La Tendance Food Porn
- Betty Fromagé

- 4 juin 2018
- 10 min de lecture
Comment peut – elle impacter notre alimentation ?

Le #foodporn est un phénoméne social devenu mondial touchant de plus en plus de monde. Avant l’apparition du food porn, on retrouvait des représentations de plats dans de nombreux livres culinaires reconnus, des quotidiens et certaines publicités. Le boom numérique a bouleversé la vision de l’utilisation de l’alimentation.
I. Le food porn, un phénomène mondial
Le food porn est un phénomène mondial culinaire mais aussi social déjà utilisé depuis plusieurs dizaines d’années mais revenant en hausse grace à l’essor numérique qui touche de plus en plus les jeunes et les adultes. De meme, pour se faire connaitre avec leurs produits à travers le monde, les restaurateurs se servent de ce phénomène de plus en plus pour leur marketing. Mais qu’est- ce que ce phénomène exactement ?
1. Le principe du food porn
Le terme anglais « food porn » signifiant une représentation esthétique des prises de vue de la nourriture provoquant l’excitation culinaire des amateurs de bonne cuisine appelés : « les foodies ». Son principe est très simple il s’agit de photographier sa nourriture puis de la poster ou de la partager sur les réseaux sociaux afin de toucher un large public notamment entre amis ou bien entre foodies. Ce phénomène fut déjà apparu bien avant la création des réseaux sociaux.
Tout a commencé à partir de 1977, un compte rendu sur le livre de cuisine de Paul Bocuse a été rédigé par le NY Review of Books ou l’apparition du terme « gastroporn » était utilisé. Le Gastroporn qui désignait un magazine (ou un livre) présentant des images de nourriture attirantes et réveillant nos papilles. En 1984, un auteur et journaliste Rosalind Coward donna un nouveau terme le « Food pornography » figurant dans son livre Female Desire, elle explique que ce terme désigne la manière dont mettent en avant les magazines de : « la nourriture grâce à des photos magnifiquement éclairées et très retouchées ». Dans les années 80 et 90 les spots publicitaires utilisent ce concept en filmant au ralenti ou bien en faisant passer en gros plan chaque ingrédient de façon à donner une image alléchante et parfois meme de manière érotique. Par exemple le cas de la publicité pour le chocolat Nestlé en 1990 qui a pour slogan : « Nestlé, c’est fort en chocolat » filmant le chocolat de façon attrayante, ou bien le jus de fruits Joker avec l’apparition d’une femme dénudée au bord d’une piscine et encore bien d’autres (voir annexes 1)…
A partir de 1984, suite à ce phénomène, certains cuisiniers sont mécontents, car leur travail de réalisation de ces beaux plats n’est pas mis en valeur ; tout est focaliser sur le plat dressé.
Au fil du temps le phénomène food porn est délaissé mais revient en croissance tout récemment du fait de l’essor numérique très utilisé par les populations. En effet, Rosalin Coward pense que : « ce sont les réseaux sociaux qui ont relancé le phénomène. Je ne connais pas chronologie exacte, mais j'ai tendance à croire qu'Internet a un effet démocratisant plus puissant que la télé."
2. L’essor du phénomène numérique à travers le monde
L’arrivée de toutes ces nouvelles technologies dont les smartphones, les ordinateurs voire meme les tablettes avec l’accès d’internet dans notre quotidien permet à la plupart de la population de pouvoir plus facilement partager des instants, des moments grace à la rapidité de la publication en ligne et etre vu de partout . Cette évolution numérique permet de faire revenir la tendance du food porn en masse. En effet, aujourd’hui on compterait 25 millions de posts (tweets) sur Twitter et des références sur Google de plus de 50 millions tous les 2 mois avec le principe du #Foodporn identifié dans la barre de description sous les photos postées. De plus en 2015 il y aurait eu déjà 63% d’une tranche d’age de 13-32 ans à avoir publié des clichés de nourritures sur internet. Avec cet essor numérique les médias participent aussi à cette tendance en offrant des contenus gourmands et appétissants aux internautes tel que le plus connu de France : Demotivateur Food suivi par 1,3 millions de personnes et l’américain Om Nom Nom avec 3 millions de personnes. On peut ainsi maintenant tout trouver sur internet en un clic !
Un psychanalyste spécialisé dans le monde numériques, Michael Stora évoque cette tendance qui se propage partout dans le monde : « Le Net est un espace de mise en scène de soi. En photographiant un plat, on lui donne une valeur qui s’accroît grâce au nombre de “likes”. Le plat que je mange dispose ainsi de son petit audimat rien qu’à lui. ». D’après un journaliste américain la qualité d’un plat dépendrait du nombre de likes (j’aimes), de commentaires et de partages et non pas de la recette ou de la technique de la réalisation de ces plats. Ayant compris le concept de cette tendance food porn les fabricants comme chez Nikon ou encore Canon sont meme aller plus loin en ajoutant sur certains appareils photos numérique des réglages spécialement consacrés pour prendre des clichés de nourriture en les rendant plus lumineux.
Ainsi avec toutes ces révolutions numériques au fil du temps elles amèneraient la tendance du food porn d’actualité. Ces appareils numériques qui prennent une grande place dans notre quotidien avec l’accès internet sont devenus « une grande ère digitale à travers notre société ». Ils seraient un bon moyen de faire communiquer sa propre image, de partager en interactivité avec d’autres individus plus facilement grace à l’utilisation des réseaux sociaux.
3. Les réseaux sociaux
La société d’aujourd’hui fait que quasi tout le monde possède un smartphone ou bien une tablette et les créateurs des réseaux sociaux l’ont bien compris. C’est ainsi que des plates formes comme Pinterest, Twitter ou bien Instagram sont l’un des « El Dorado des Food Pornographes amateurs ». En effet, les photos les plus partagées seraient les desserts avec une estimation de 18,3% puis les légumes avec 17,8%. Les desserts qui réveillerait l’appétit et la vision gustatif et les légumes pour mettre en avant les codes d’une vie saine. De plus, on compte plus de 175.924.290 publications de photos foodporn sur Instagram, un chiffre qui continue de monter chaque minute. Grace à cette interactivité gratuite et faciles d’accès pour tous ; certains blogeurs partagent sur leurs comptes des découvreurs de bonnes adresses ou l’on peut retrouver ces fameux plats appètissants postés sur leurs réseaux sociaux. De plus de nombreuses applications mobiles font leur apparition comme le plus connu le Foodreporter en France avec 150 000 utilisateurs ; ces applications gratuites qui permettent d’échanger, de partager ces repas de la meme manière que les réseaux sociaux. Ces plateformes d’interactivité entre les individus connait un véritable succès et conquis un certains publics contrairement au guides Michelin vendu auparavant dans les boutiques essaye de redistribuer les cartes en essayant de reconquérir un large public touchés par cette éré digitale.
Un vrai fléau social qui offrirait bien des avantages pour les commerciaux mais aussi pour les marketing dans les restaurants ; Dominique Loiseau affirme que "Les réseaux sociaux font aussi bien pour nous que les étoiles". Il apporterait un autre moyen de communication touchant beaucoup plus de personnes rapidement, en effet certains restaurants utilisent les réseaux sociaux notamment un restaurant à Londres nommé « The picture house » a mis en place le principe du # BirdsEyeinspiration, elle permet aux clients de payer l’addition avec seulement une photo prise avec son smartphone et de la publié sur un des réseaux sociaux : Instagram dans le but de monter une opération de promotion à la marque du fournisseur des plats du restaurant ; elle ferait un véritable succès (annexe 2) Il faut savoir que chez certains pays comme en Allemagne prendre en photo son repas demanderait la permission du chef avant si le cas contraire ce produits elle serait considéré comme un délit d’atteintes aux droits d’ auteurs.
Ainsi tous ces accès médias dans notre vie quotidienne influençerait notre façon de manger aujourd’hui d’un coté elle apporterait des conséquences néfastes et d’un autre un moyen de reméde pour la population touchées.
II. L’influence des médias sur notre alimentation
Aujourd’hui la population poste à chaque instant de leur vie leur repas à travers les réseaux sociaux afin de le faire partager avec le plus de monde possible. Des comportements que la plupart ne comprennent pas ; « le food porn a pour fonction de bousculer les codes de la société du bien-être dans laquelle on vit", précise Michael Stora. En effet certains spécialistes de la santé pensent que cette tendance du food porn impacterait les troubles du comportement alimentaire voir meme aurait des impacts psychologiques. Cependant des nutritionnistes utilisent les médias pour prévenir et aider ces personnes.
1. L’impact psychologique
Cette tendance food porn aurait un impact sur notre systéme cérébral. En effet, l’obsession de prendre en photo son plat quotidiennement peut devenir une forme d’addiction ; un psychologue raconte que : « certains food reporters sont surtout des food addicts. Une meme personne peut se connecter plus de trente fois par jour. C’est un rapport à la nourriture qui est presque anormal ». Une ancienne addict raconte qu’elle prenait au moins dix photos de plats par jour en le vivant comme une contrainte. Le fait de prendre en photo sa nourriture est un acte de célébration voire un moyen de satisfaction de son choix comme l’evoque Chrales Michel psychologue : « Il existe cette idée que l’on mange à travers les yeux, ce phénomène où une fois à table tout le monde prend des photos des aliments pour avoir des likes. A chaque like reçu, on a un système de récompense qui s’active, on a du pur plaisir à recevoir un feedback positif, et c’est le même phénomène de récompense que tu as quand tu manges. C’est presque comme si tu t’alimentais l’égo, mais d’une manière ou d’une autre, ça mène souvent vers une surconsommation, on a finalement souvent du mal à finir nos assiettes ». C’est aussi un phénomène qui aiderait à rompre la solitude de certaines personnes en développant ce plaisir de partager avec tout le monde ; on peut voir en Corée par exemple des jeunes femmes qui ont crée des emplois dont le principe est de manger devant sa webcam et de donner son avis. De plus, une étude tirée de la revue scientifique Brain and Cognition montre que le fait de voir souvent des photos de nourriture sur nos réseaux sociaux apporterait des changements psychologiques.
Ainsi ces « addicts du food porn » adopteraient leur propre mode d’alimentation ce qui entrainerait des troubles alimentaires et favoriserait l’obésité et la satiété c’est ce qu’a démontré Valérie Taylor, chef de service de psychiatrie.
2. L’appétit visuel un lien avec le trouble du comportement alimentaire
L’appétit visuel qui est le fait de voir plusieurs photos d’aliments appétissants virtuels, favoriserait une accélération sanguine dans notre cerveau notamment la partie consacrée au gout et l’envie de manger de la meme façon lorsque l’on a plat en face de soi. Elle produirait de l’insuline en grande quantités en activant les glandes salivaires, comme explique Charles Spence au Guardian « l’exposition à des images d’aliments désirables peut déclencher des processus cognitifs inhibiteurs, comme la retenue, qui est un processus exigeant des efforts pour résister à la tentation de ces aliments, dans le but, on présume, de maintenir un poids de santé», «au cours de la journée, nos mécanismes de retenue doivent se mettre en marche encore et encore, jusqu’à ce que, finalement, nous abandonnions pour une tranche de gâteau».
Ce phénomène aurait des conséquences sur notre santé car d’après de nombreuses études en neurosciences cognitives il apporterait des troubles du comportement alimentaire sur l’individu dont les plus connus sont l’obésité, l’anorexie et la boulimie. En effet, on compte plus de 60% d’utilisateurs d’instagram qui disent voir des photos de nourritures de façon réguliére et la moitié de ces jeunes avoueraient que le food porn change leur comportement face à leur alimentation. Parmi ces troubles il y’a aussi l’orthorexie qui signifie q’ une personne obsédée par la nourriture saine en radiquant toutes nourritures malsaines pour la santé en allant jusqu’à l’excès sans aucun écart. Ainsi, on constate en mai 2017 d’après une étude faites sur 700 éléves et internautes d’une Université à Londres que soit 49% des éléves seraient atteints de ces troubles du comportement alimentaire contre seulement 1% qui ne seraient pas touchés, un constat alarmant. Cependant, certains professionnels utilisent le food porn pour guérir les personnes atteintes de troubles en l’utilisant de façon appropriée.
3. Un remède en marche
Les réseaux sociaux sont le lieu de nombreuses photos de nourritures malsaines caloriques mais donnant une image appétissante qui serait comme un moyen d’influence négatif sur notre équilibre alimentaire ; dénoncent de nombreux chercheurs. Mais malgré cela certaine agences de communication spécialisées dans la santé dont Protéines et de nutritionnistes essayent d’utiliser cette influence des médias de manière à guérir une population particulière notamment les personnes atteintes de troubles du comportement alimentaire ou bien de les rééduquer sur leur alimentation.
Ils procéderaient tout d’abord à poster des photos de plats et laisseraient les internautes voter soit par un feu vert ou bien orange ou rouge selon leur choix du plat ; puis un nutritionniste poste à nouveau les memes photos de plats en expliquant en quoi certains plats étais mauvais ou non pour notre santé. De plus, la prise de photos des plats que l’on mange apporterait un moyen thérapeutique aux patients car pour le nutritionniste elle permet de mieux comprendre ce que son patient consomme lors de la journée en consultant ses photos de ces différentes plats en observant principalement la quantité et la qualité nutritionnelle du plat. Ainsi un anonyme raconte que la tendance du food porn apporte aussi un bon coté positif sur notre alimentation : « Je me suis rendu compte en voyant les plats d’autres personnes que je ne mangeais pas très bien, que je suivais simplement ce que mes parents m’avaient dit de manger (de la viande tous les jours par exemple etc) et en voyant pleins de plats qui avaient l’air bon je me suis remis en question et je me suis dit que je pourrais refaire la même chose”. D’après l’étude de Waitrose “39% des gens font plus attention à la façon dont ils présentent la nourriture dans leur assiette qu’il y a 5 ans”. On peut dire que le phénomène food porn mise à part son coté négatif peut également etre un remède efficace utilisé par de nombreux professionnels pour guérir les personnes atteintes de TCA et d’obésité.
CONCLUSION
Dans ce travail nous avons vu le principe du food porn qui prend de l’ampleur grace à l’essor du phénomène numérique à travers le monde. Nous avons identifié plusieurs réseaux sociaux avec de nombreuses applications en France et dans le Monde. Puis nous avons aussi vu l’influence des médias sur notre quotidien alimentaire. L’utilisation excessive de ce phénomène food porn peut avoir un impact psychologique, un trouble de la conduite alimentaire lié à l’appétit visuel mais quelquefois peut etre un remède face à ces troubles alimentaires.
On peut conclure que la tendance food porn peut toucher négativement nos habitudes alimentaires mais également améliorer ceux- ci. Cette tendance virtuelle a bouleversé les codes de l’alimentation principalement pour la nouvelle génération.
Ce phénomène food porn peut peut- etre devenir dans un temps assez proche un problème de santé publique, de nouvelles mesures pourront etre prises par les politiques de santé publique ?
Fromagé Betty




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